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Synthèse – Fin des témoignages au procès de Hissein Habré

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Kagbé Ngeitbaye Rhessa Nguena, ex-gendarme, était le dernier témoin au procès de Hissein Habré. Il a été cité par la défense.

Kagbé Ngeitbaye Rhessa Nguena, ex-gendarme, était le dernier témoin au procès de Hissein Habré. Il a été cité par la défense.

Dakar (Sénégal), semaine du 14 au 16 décembre 2015

Les trois derniers témoins au procès de l’ancien président du Tchad, Hissein Habré, ont déposé ces lundi et mardi devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE). Ce procès historique pour l’Afrique s’est ouvert à Dakar, le 20 juillet 2015. La phase consacrée aux témoignages a donc pris fin mardi 15 décembre, après audition d’un total de 90 personnes, dont 10 experts et 80 témoins et parties civiles. Ce mercredi, les parties au procès se sont accordées sur le calendrier à venir, lors d’une conférence de mise en l’état (voir encadré ci-dessous). Pour le public, rendez-vous a été donné par la Cour le 8 février 2016, pour cinq journées de plaidoiries finales. Le verdict est attendu, par ailleurs, pour le mois de mai 2016. 

Lundi 14 décembre 2015, la Cour a recueilli par vidéoconférence les propos de Oumar Goudja, de N’Djamena. Riche homme d’affaires à l’époque, l’homme s’est constitué partie civile. Son récit débute le 1er avril 1989, à 17 heures, lorsqu’il est arrêté à l’entrée de N’Djamena, alors qu’il rentre du Cameroun. Conduit à la DDS, il est interrogé par le directeur de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), Ahmat Aladji, avant d’être renvoyé chez lui. A 22 heures, il est re-convoqué, réinterrogé, au sujet de Hassan Djamous et de Idriss Deby, deux compagnons de Hissein Habré qui viennent d’entrer en rébellion. Ils sont de l’ethnie Zaghawa, comme l’homme d’affaire Oumar Goudja, qui nie toute implication. Libéré, trois jours après sa maison est assiégée par des militaires. Il est cueilli à 8 heures du matin et conduit à la DDS et torturé pendant 13 jours. Attaché, il subit des décharges électriques et des flagellations.

Trois mois après, il est transféré à la prison dite Les Locaux. Le témoin indique avoir partagé la cellule C avec le frère de l’ancien président Goukini Oueddeï, parmi beaucoup d’autres détenus. Puis il intègre la prison de la gendarmerie. Un jour, se rappelle-t-il, des agents de la DDS viennent lui présenter deux chèques – l’un de 150 millions de CFA et l’autre de 80 millions. « Il voulait que je les signe », précise-t-il. Oumar Goudja refuse. Cette attitude « m’a valu deux semaines de torture ». A sa sortie, de prison, le 1er décembre 1990, il vérifie l’état de son compte. Une connaissance de la banque lui montre deux documents. Un qui vient du directeur de cabinet du président Hissein Habré et un autre du directeur de la sûreté, qui demandent la suspension de son compte. Mais son argent est resté intact.

A sa suite, Azhari Ibrahim dépose devant la Cour, toujours par vidéoconférence de N’Djamena. Ce fonctionnaire est arrêté, lui aussi, le 1er avril 1989, date de l’entrée en rébellion de Hassan Djamous et de Idris Deby. « C’est le sous-préfet qui a envoyé un véhicule pour venir me chercher et il m’a conduit à Iriba », soutient le témoin. Le lendemain, un avion le transporte à N’Djamena. Il est conduit à la présidence. Sur place, près de 200 détenus : « Tous des Zaghawas », indique-t-il. Au 15 avril, le nombre de détenus est porté à 360. « Quelle est notre responsabilité dans ce que les Hassan Djamous et Idris Deby ont fait ? », se demandait Azhari Ibrahim. Le témoin y subit des supplices « terribles ». « La soif, la faim et la maltraitance était mon lot quotidien pendant vingt mois », témoigne Azhari Ibrahim. Il raconte les confidences d’un codétenu qui lui a raconté avoir été conduit chez le président Habré. Quelques temps après, ce détenu est extrait de la cellule avec 250 prisonniers. Ils sont attachés et emmenés vers une destination inconnue. Depuis ce jour, « on n’a plus revu ces personnes », indique-t-il. A leur sortie de prison le 1er décembre 1990, sur les 360 prisonniers il n’en restait que 40 révèle Azhari Ibrahim.

Témoin cité par la défense

Après la pause du matin, la Cour entend son dernier témoin. L’officier de gendarmerie Kagbé Ngeitbaye Rhessa Nguena, cité par la défense. Il raconte le ralliement de Kamougué et des combattants de Moundou le 15 juin 1982. « Habré leur avait donné 15 millions et des vivres afin qu’ils organisent l’armée et cette armée qui est devenue les Forces armées nationales du Tchad » (FANT) raconte le témoin. Quelques mois après, Rhessa quitte N’Djamena et se refugie au Cameroun, où il dit recruter des combattants pour le compte de Goukini Oueddeï, qui avait été renversé par Hissein Habré. En 1984, ce dernier constatant la fuite des cadres, lance un appel à la diaspora tchadienne. Le témoin rentre au pays en 1986. Hissein Habré le nomme à l’inspection de l’administration territoriale. Un jour, sur ordre du président, il se rend à Béré. En compagnie des éléments de la Brigade spéciale d’intervention rapide (BSIR), il procède à l’arrestation d’un sous-préfet qui aurait traité Habré de soulard. Il évoque une autre mission sur ordre du président. Cette fois-ci, il doit mater avec des éléments de la BSIR des populations du Sud, au motif qu’elles auraient tué et décapité un soldat gorane, l’ethnie d’Hissein Habré.

Parlant des activités de la DDS, le témoin précise que cette direction n’était pas sous la tutelle du ministre de l’Intérieur, dans les faits. Pour illustrer ses propos, il donne un exemple : «  Un étudiant est arbitrairement arrêté, je me déplace à la DDS pour demander sa libération. On me fait s’avoir que seul Hissein Habré, alors en pèlerinage à La Mecque, peut ordonner sa libération ». A l’époque, note Rhessa, un ordre du président pouvait directement aller vers un sous-fifre dans une contrée reculée sans passer par la hiérarchie. « Est-ce que Habré était au courant à la minute près de tout ce qui se passait dans le pays ?», interroge la défense. « En tout cas, assure le témoin, de tout ce qui se passait le matin, à midi, il était au courant quelque soit le lieu. »

Le Consortium


Calendrier prévisionnel 2016

La phase des témoignages terminée, le procès en première instance de l’ancien président du Tchad va se poursuivre en 2016, selon le calendrier fixé entre les parties durant la conférence de mise en l’état qui s’est tenue à Dakar ce mercredi 16 décembre 2015.

Vingt-et-un jours sont donnés au procureur et aux parties civiles pour déposer leurs conclusions écrites, le 18 janvier 2016.

Quinze jours supplémentaires sont donnés à la défense pour soumettre ses conclusions à la Chambre, le 1er février 2016.

La semaine qui suit, les audiences de plaidoiries finales sont programmées sur cinq journées consécutives, à compter du 8 février 2016.

A l’issue des plaidoiries, les débats seront clos et le président de la chambre d’assises indiquera une date pour le verdict, attendu dans le courant du mois de mai 2016.

Un délai de quinze jours sera alors donné au procureur et à la défense pour indiquer leur intention de faire appel du verdict de première instance.

S’il n’y a pas d’appel, des audiences au civil se tiendront en juillet 2016 afin qu’une décision au civil soit rendue au plus tard au 31 juillet 2016. En cas d’appel, un nouveau procès devra être organisé par les CAE.


 

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