Suite des échanges avec les jeunes de Bongor Reviewed by Momizat on . [caption id="attachment_40444" align="aligncenter" width="650"] Question d'un lycéen après la projection dans la cour du Lycée Jacques Moudeïna à Bongor, le 2 m [caption id="attachment_40444" align="aligncenter" width="650"] Question d'un lycéen après la projection dans la cour du Lycée Jacques Moudeïna à Bongor, le 2 m Rating: 0

Suite des échanges avec les jeunes de Bongor

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Question d'un lycéen après la projection dans la cour du Lycée Jacques Moudeïna à Bongor, le 2 mai 2016

Question d’un lycéen après la projection dans la cour du Lycée Jacques Moudeïna à Bongor, le 2 mai 2016

Bongor (Tchad), 2 mai 2016

A moins d’un mois du verdict attendu pour le 30 mai à Dakar dans le procès de l’ancien président du Tchad Hissein Habré devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), l’équipe de sensibilisation a démarré lundi 2 mai une nouvelle tournée dans le Sud du Tchad. Etape incontournable, la ville de Bongor et son public jeune était au rendez-vous lors de la projection publique.

« Il fallait lutter contre l’ennemi sans exterminer son peuple. » Cette phrase du témoin Zakaria Fadoul qui ponctue le résumé filmé du procès résonne encore dans les têtes lorsque qu’un autre leader de la lutte des victimes, Clément Abaïfouta, originaire de Bongor, prend la parole devant les centaines de jeunes, pour la plupart, rassemblés dans la cour du lycée Jacques Moudeïna.

« Qu’est-ce que ça fait de témoigner devant Hissein Habré ? », demande-t-on à celui qui a été le « fossoyeur » de la DDS, contraint d’enterrer ses compagnons d’infortune à la Direction de la documentation et de la sécurité. « Lorsque je l’ai vu à deux mètres, ma première intention a été de bondir sur lui, avoue Clément Abaïfouta. Puis j’aurais voulu qu’il m’explique pourquoi j’ai été arrêté alors que je venais d’obtenir une bourse pour l’étranger, pourquoi j’ai passé quatre ans et trois mois en prison, pourquoi je n’ai pas vécu durant ce temps et pourquoi c’est un mort vivant qui vous parle à présent. »

Marcher vers le soleil

A toutes ces questions, l’ancien président du Tchad a opposé son imperturbable silence. Devant ce public jeune, qui porte vingt-cinq ans après l’avenir de son pays, Clément Abaïfouta a tracé quelques lignes d’espoir, tandis que le procès à Dakar touche à sa fin. « Habré a cherché à diviser le pays, maintenant il va falloir que nous nous mettions tous ensemble, que l’on élève des murs et que ces murs soient le développement de notre pays. Que les historiens parlent du Tchad, que les hommes de lettres parlent du Tchad, que les sociologues parlent du Tchad, parce que le procès ce sera tenu, des gens seront condamnés et alors nous allons marcher vers le lever de soleil et la victoire de ce pays. »

« Légèreté des CAE »

Durant plus d’une heure, les questions ont fusé dans la foule qui grossit et s’étend sur les arches et les balcons et jusque dans les arbres. Questions fortes, directes, applaudies, encouragées par des exclamations d’encouragement, des rires. « La légèreté des CAE » qui laisse Hissein Habré comparaître avec ses lunettes et son turban a fait l’objet de plusieurs questions de nouveau. Franck Petit, l’expert en communication du consortium de sensibilisation rappelle la règle et reconnaît qu’il s’agit d’une exception de permettre à quelqu’un d’être jugé en assises à visage couvert. « Toutefois, les CAE ont aussi été fermes, en le contraignant à venir chaque jour, par la force, assister à son propre procès, et en prenant rapidement les décisions nécessaires pour que le procès ait lieu, malgré la résistance de l’accusé. »

« Si ce procès est un succès, intervient un élève, est-ce que cela va aboutir au retrait de la Cour pénale internationale d’Afrique ? » Plusieurs questions reviennent aussi sur le rôle de l’Occident dans les crimes commis sur le continent, et sur la complicité supposée de la France et des Etats-Unis avec le régime Habré. « Si l’on fait le calcul du coût d’un jugement à la CPI, il serait effectivement possible de conduire plus de quarante procès Hissein Habré en Afrique. Cette perspective doit être considérée, et cette affaire devrait faire naître beaucoup d’espoir sur le continent pour les victimes qui souhaitent se battre. Aujourd’hui, on le sait, un procès d’un ancien président en Afrique est possible ! »

Mardi 3 mai, le séjour à Bongor s’est poursuivi avec une réunion de concertation avec les membres de la coalition locale, qui préparent des activités de démultiplication de la sensibilisation. Frédéric Bolnan, chargé des relations avec les sept coalitions constituées dans les régions a animé cette réunion, communiqué les nouveaux outils et expliqué à tous le cadre dans lequel les associations vont pouvoir elles-mêmes informer les populations au plus près. « Ce qui est important c’est que les personnes qui n’ont pas pu assister au procès reçoivent l’écho de cet événement. C’est un grand soulagement pour tous ces gens ! »

Le Consortium

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