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Sarh : la sensibilisation sur les CAE conclut son tour du Tchad

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La population de Sarh s’est déplacée en foule pour suivre la projection débat sur le procès Hissein Habré, jeudi 21 janvier 2016.

Sarh (Tchad), 20 et 21 janvier 2016

C’est une foule nombreuse qui a accueilli à Sarh (Moyen-Chari) l’équipe de sensibilisation sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE), pour cette dernière étape d’une tournée organisée au Tchad après la phase des témoignages dans le procès de l’ancien président Hissein Habré. Débutée à l’Est deux semaines plus tôt, elle prend fin dans le Sud ce jeudi 21 janvier.

Plus de 700 personnes se sont rassemblées à la projection-débat du mercredi au Centre Don Bosco de Sarh – et 300 victimes à la session de dialogue du jeudi matin. La foule, hétérogène, a réuni le mercredi des élèves comme des personnes âgées, des autorités comme des paysans, des hommes et des femmes. La salle ne pouvant accueillir tout le monde, certains suivent les débats debout ou de l’extérieur, à travers les persiennes. Malgré ce grand nombre, le public reste attentif durant la projection et manifeste un intérêt évident pour le procès sans toutefois dissimuler ses inquiétudes.

Le proviseur du lycée technique ouvre le débat : « La volonté de l’ancien président était de détruire le Tchad, les gouvernements actuels font d’ailleurs la même chose. Hissein Habré s’est considéré comme une autorité suprême. Il doit répondre de ses actes. » Une femme renchérit : « En tant que victime, je voudrais témoigner de ce qui est arrivé à mes parents. J’ai vu comment on les a tués, comment on a jeté leurs corps dans le fleuve, j’ai vu flotter les corps. Cela me fait très mal, même si on me donne un milliard ça ne compensera pas cette perte. Je demande à la justice de faire son travail. »

Justice ou développement

Cette demande de justice ne trouve pas que des partisans, en témoigne la déclaration d’un enseignant : « Si aujourd’hui on nous remet Hissein Habré, qu’est-ce que nous allons faire avec lui ? Si on le tue, aucune victime ne retrouvera ses proches. Et si on nous donne de l’argent, ça n’aura aucune valeur. J’aimerais que l’argent investi dans les Chambres serve plutôt pour le développement du pays et la création d’emplois pour les jeunes diplômés. »

Hélène Morvan, coordinatrice des activités, met en avant l’importance de ne pas opposer justice et développement. « L’impunité et les cycles de vengeance comme d’insécurité qu’elle peut engendrer sont des obstacles majeurs au développement économique », dit-elle. Avec un budget annuel de moins de 3 millions d’euros, les CAE constituent la juridiction internationale la moins couteuse au monde. La Cour pénale internationale dispose, par exemple, d’un budget annuel de 120 millions d’euros.

Un président de chambre laxiste ?

« N’est-ce pas une faute du tribunal de laisser un accusé se présenter avec un turban et des lunettes ? » Ce commentaire d’un élève fait écho à la préoccupation de nombreux Tchadiens durant cette tournée, et les populations du Moyen-Chari ne font pas exception. Ils expriment leur désapprobation devant le mutisme de M. Habré et ses comportements de défiance face au tribunal. Beaucoup pointent du doigt ce qu’ils perçoivent comme le laxisme du juge président, qui n’a pas su imposer à M. Habré de comparaitre à visage découvert.

Les Saras à l’écart du procès ?

Tandis qu’au Nord, les populations estimaient que le procès n’avait pas assez traité des crimes qui ont touché leur région, le ressenti dans le Sud s’inverse. « Depuis que le procès a commencé, c’est comme si le Moyen-Chari n’est pas le Tchad, s’exclame le vice-président de l’association des victimes du Moyen-Chari. C’est vraiment aberrant. J’entends souvent parler du BET (Borkou-Ennedi-Tibesti) et du Guera [Nord et Centre du pays, ndlr]. Pourtant, la DDS a créé un abattoir à N’Djamena dénommé l’abattoir des Saras [populations du Sud]. A Sarh on a créé aussi un abattoir des Saras. Les cadres du Moyen-Chari qui ont fui N’Djamena pour se replier ici ont été exterminés. J’ai la liste de tous ces cadres. Les villageois ont été tués comme des mouches. J’ai mené des enquêtes depuis 1991. Que les CAE se ressaisissent pour voir cette situation, ce n’est pas normal que l’on nous mette à l’écart dans ce procès ! »

Une vague d’applaudissements ponctue l’intervention. En réponse, Hélène Morvan rappelle l’exigence pour la cour d’assurer la participation de victimes des différentes exactions commises durant le régime de Hissein Habré, et la nécessité de limiter leur nombre par souci de garder le procès dans des délais raisonnables. Elle souligne que plusieurs témoins du Moyen-Chari se sont rendus à Dakar. Dans la salle, trois hommes se lèvent alors pour expliquer qu’ils étaient parmi ces témoins.

Merci et rendez-vous en mars !

Simone, une participante, prend le micro pour conclure : « Je voudrais remercier l’équipe qui a organisé cette séance de sensibilisation. Merci pour les informations à la source mises à la disposition des populations. J’ai suivi le film et suivi les informations données, cela m’a permis de voir que le procès s’est effectivement déroulé. Je demande que l’équipe revienne avec le reste des témoignages pour nous permettre de voir l’évolution du procès. »

La sensibilisation s’est engagée à revenir au Tchad avec un nouveau film, plus complet, après les plaidoiries finales qui s’ouvrent à Dakar le 8 février prochain. Rendez-vous est pris, pour mars prochain !

Le Consortium

 

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