Retour sur le procès Habré en présence de témoins à N’Djamena Reviewed by Momizat on . [caption id="attachment_40296" align="aligncenter" width="640"] L'assistance durant une session d'échange du consortium de sensibilisation sur les CAE. N'Djamen [caption id="attachment_40296" align="aligncenter" width="640"] L'assistance durant une session d'échange du consortium de sensibilisation sur les CAE. N'Djamen Rating: 0

Retour sur le procès Habré en présence de témoins à N’Djamena

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L'assistance durant une session d'échange du consortium de sensibilisation sur les CAE. N'Djamena, 15 janvier 2016.

L’assistance durant une session d’échange du consortium de sensibilisation sur les CAE. N’Djamena, 15 janvier 2016.

N’Djamena (Tchad), 15 janvier 2016

La sensibilisation s’est arrêtée dans la capitale du Tchad, ce vendredi 15 janvier, pour échanger avec des victimes et animer un débat public en présence de témoins du procès de Hissein Habré devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE). L’émotion restait vive pour ceux qui ont participé au procès à Dakar.

Plusieurs centaines de participants, dont une poignée d’étudiants et des journalistes se sont retrouvés ce vendredi, à l’invitation du consortium de sensibilisation sur les CAE, dans l’amphithéâtre du Cefod à N’Djamena pour visionner un résumé en images du procès, un mois tout juste après la fin des dépositions de témoins au procès de l’ancien président du Tchad. L’occasion, pour certains de ceux qui ont pu y participer comme témoins, de dire tout haut ce qu’ils ont ressenti. 

Le matin, Robert Hissein Gambier était dans l’assistance, silencieux mais concentré. Surnommé par ses geôliers Sabagalmoute – « l’homme qui court plus vite que la mort » – il a été l’un des témoins les plus marquants du procès, par son récit terriblement précis et théâtral des sévices auxquels il a réchappé durant son séjour dans les centres de détention de la capitale du Tchad. Il n’interviendra pas mais il suit intensément les débats avec l’assistance de son fils Ibrahim, 15 ans, et d’un nouvel appareil auditif.  

« Un fil qui relie tous les faits » 

L’après midi, « le fossoyeur » de la DDS Clément Abaïfouta, président de l’Association des victimes des crimes du régime Hissein Habré (AVCRHH), partage son expérience du procès de Dakar. Sa satisfaction avant tout. « Après 25 ans de lutte, je suis arrivé à me dire qu’enfin les langues se délient. Qu’après tous ces témoignages, des Sénégalais pour qui Hissein Habré n’avait pas tué une mouche viennent vers nous pour s’excuser et nous dire qu’ils n’en reviennent pas d’avoir compris qu’ils avaient hébergé un démon. » Un fil naturel relie selon lui les témoins. « La relation des faits depuis les témoins de contexte jusqu’à chaque victime qui s’exprime se complète, comme s’il y avait un fil qui reliait tous les faits, jusqu’au témoin cité par la défense qui finit par charger Hissein Habré. Parce que l’on ne peut pas faire autrement. » Sa douleur et son soulagement enfin. « Avant mon témoignage, pendant deux nuits de suite je n’ai pas dormi. Je refaisais le film de ce que j’allais dire. Après avoir déposé je me suis senti léger, comme d’avoir enfin enfanté de cette grossesse engrangée depuis 25 ans. » 

Outman Moussa, du Réseau des association des droits de l’homme au Tchad (RADHT), rescapé de l’exécution d’un groupe de 20 personnes de la communauté Hadjaraï, a également déposé lors du procès à Dakar. Il plaide pour l’unité entre les associations de victimes. « Les quelques éléments qui se sont présentés à Dakar n’ont pas défendu leur cause seulement, mais celle de toutes les victimes. C’est un système qui a fait du mal à tous les Tchadiens et même aux partisans de Hissein Habré. On doit soutenir nos avocats jusqu’à la fin et restés unis comme nous l’avons été à Dakar, où les barrières entre les associations de victimes ont sauté » assure-t-il. Outman Moussa, comme plusieurs autres témoins au procès, signale ce qu’il appelle « des failles de sécurité » au tribunal de Dakar. Plusieurs ont été menacés, souligne-t-il, par des partisants de l’ancien président. 

Pour Ousmane Abakar Taher, ceux qui ont témoigné ont aussi pris des risques qui les exposent de retour au Tchad. « Je suis Gorane, de l’ethnie de Hissein Habré, précise-t-il. Quand je suis parti à Dakar, des parents me demandaient pourquoi je divise les Goranes. J’ai subi des menaces physiques. Mais on ne peut pas rester sur cette idée communautaire. La sensibilisation doit expliquer à tous, partout au Tchad, que nous ne sommes pas contre Hissein Habré mais que nous témoignons contre un système, contre ces crimes qui ont été commis. »

« Sortir de la culpabilisation collective » 

« Il faut sortir de ce processus de culpabilisation collective, appuie Gilbert Maoundonodji, directeur du cabinet Magic, responsable de la mise en oeuvre de la sensibilisation au Tchad. Ce n’est pas parce qu’un dirigeant commet une faute que l’on doit blâmer sa communauté. Aucune communauté n’a été épargnée. Nous devons expliquer qu’en matière de justice c’est la responsabilité individuelle qui compte, pas celle de la communauté. » 

Les participants encouragent vivement la sensibilisation sur les CAE à poursuivre sa mission jusque dans les endroits les plus reculés du Tchad. « Je remercie le consortium pour le travail qu’il fait là où nous ne pourrions le faire, déclare Clément Abaïfouta. Il ne travaille pas pour lui-même mais au nom de ce que l’on porte. L’impact est là, lorsque le procès passe à la télévision les rues de la ville se vident. » « En fin de compte, conclut-il à l’adresse de l’assistance, c’est l’histoire de ce pays que l’on est en train d’écrire. Que personne ne rate le coche ! » 


Le Consortium

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