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Réparations : les victimes de Sarh veulent savoir qui est reconnu par les CAE

Plus de 300 victimes réunies à Sarh pour s'informer sur le verdict d'appel. 1er juin 2017

Plus de 300 victimes réunies à Sarh pour s’informer sur le verdict d’appel. 1er juin 2017

Sarh (Tchad), 1er juin 2017

La sensibilisation s’est rendue à Sarh, Sud du Tchad, pour une nouvelle journée d’information et d’explication sur le procès Hissein Habré, ce jeudi 1er juin 2017. Plus de 300 victimes s’étaient réunies à la salle Don Bosco, au centre de la ville, avec une question sur toutes les lèvres : est-ce que je fais partie de la liste des 7.396 victimes reconnues parties civiles par la Chambre d’appel, dans son arrêt final du 27 avril 2017 ? Et quand et comment les indemnisations financières seront payées ? Le soir, une projection du résumé du procès et une émission en direct à la radio locale Lotiko ont permis de toucher tous les publics.

La tournée d’explication du verdict final menée par le consortium de sensibilisation sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE) se poursuit, au Sud du Tchad, non loin de la frontière Centrafricaine, dans une région où les séances sont très suivies. Depuis trois ans, alors que beaucoup doutaient de la tenue même du procès Habré, la confiance s’est installée ici entre l’équipe de sensibilisation et une population attentive à tout ce que décide le tribunal de Dakar. Après le verdict d’appel, les réparations étaient au cœur des préoccupations, et les informations difficiles à entendre : certes les listes de victimes reconnues sont clarifiées, les montants précisés, les modalités de mise en œuvre par le Fonds annoncées, mais un grand nombre de victimes n’ont pu être reconnues faute d’avoir obtenu les papiers requis de l’administration locale. Et si la satisfaction de la condamnation l’emporte, une nouvelle attente commence ici et partout au Tchad pour les indemnisations.

Une nouvelle torture infligée aux victimes ?

Se présentant comme victime directe, Rassim Madaye remercie le consortium qui, dit-il, avec ses experts « a tout fait dans l’intérêt des Tchadiens, comme si tous ses membres étaient Tchadiens ». Un chiffre l’interpelle : pourquoi seulement 7.396 victimes sont reconnues par les CAE quand les conclusions de la commission d’enquête nationale tchadienne parlaient de 40.000 victimes du régime de Hissein Habré ? « Pourquoi tant de victimes sont rejetées et n’est-ce pas une nouvelle torture qui leur est infligée par les CAE ? » Le critère de sélection de la Chambre, qui exige une preuve d’identité ou d’un lien de parenté – jugé « élémentaire et incontournable » – lui paraît inapproprié dans un contexte où les administrations bloquent, font des tracasseries, et où « tout le monde se connaît » et personne ne peut décemment se faire passer pour victime si elle ne l’est pas.

« Tous les Tchadiens sont victimes »

Delphine Anadoum parle le sara mélangé de ngambaye, souligné de gestes vifs et de mouvements des mains. Petite, fichu rouge sur la tête et châle de velours vert sur une robe aux imprimés raffinés, elle voudrait que toutes les veuves comme elle, « qui ont attendu trop longtemps » soient dédommagées « maintenant ! » même si ce n’est pas pour toute la somme due. Femmes et hommes l’applaudissent bruyamment. Emmanuel Djimasra Doumkodje, rescapé de la DDS, est un fidèle des séances de sensibilisation. L’artiste peintre a le visage marqué et paraît excédé, fatigué par le temps. « C’est tous les Tchadiens qui sont victimes, s’exclame-t-il, pourquoi en rejeter tant au moment des réparations ? J’ai une seule question : quand moi, Emmanuel, victime de détention arbitraire je peux rentrer dans mes droits et ne pas revenir éternellement ici vous voir venir nous dire ce qui reste à faire ?! »

« Faut-il être comme Saint-Thomas ? »

Plusieurs questions portent sur l’alimentation du Fonds. L’information a circulé sur RFI que l’Union européenne ne va pas cotiser. « Alors qui va le faire, questionne un ancien, connaissant les Etats africains est-ce que l’on peut espérer ou faut-il être comme Saint Thomas ? » Une poignée de victimes reviennent sur les blocages administratifs, au niveau du tribunal de Sarh, qui les ont empêchées de réunir les actes de notoriété. Que faire et quels recours possibles aujourd’hui ? Josué lui s’inquiète du moment où il faudra payer. « Si une personne donne à Paul en passant par Jean, dit-il, il y a toujours des soustractions d’argent. Il faut venir directement pour distribuer l’argent aux victimes qui ont droit aux réparations, sinon cela va être un nouveau problème et une source de conflit ici. »

Plus de 300 personnes réunies à Sarh pour s'informer sur le verdict d'appel, le 1er juin 2017.

Plus de 300 personnes réunies à Sarh pour s’informer sur le verdict d’appel, le 1er juin 2017.

L’expert en communication, Franck Petit, revient sur les explications données à N’Djamena par l’avocate Jacqueline Moudeïna, concernant la mise en place du Fonds et son alimentation par les Etats. Le combat reprend pour les avocats et les victimes, après une victoire majeure, et l’espoir d’obtenir les indemnisations nourrit l’action. Pour les victimes qui n’ont pas obtenu les documents permettant de se constituer parties civiles, les CAE sont closes et il est malheureusement trop tard. Mais d’autres procès peuvent être engagés au niveau national, et la Chambre d’appel a invité les victimes non reconnues à se rapprocher du Fonds. L’espoir reste maigre d’obtenir les indemnisations, mais les victimes de Sarh tiennent avant tout à savoir une chose : qui est sur la liste des parties civiles acceptées par la Chambre d’appel fournie en annexe de son jugement et qui ne l’est pas ?

La sensibilisation va communiquer cette liste à la coalition de la société civile de Sarh, et partout ailleurs dans le pays, pour lui permettre de l’afficher et d’inviter chacun à vérifier.

Le Consortium

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