Rencontre avec les victimes du Mayo-Kebbi Ouest Reviewed by Momizat on . Pala (Tchad), 22 juin 2016 Pour la première fois depuis le début de ses activités, l’équipe de sensibilisation s’est rendue dans le Mayo-Kebbi Ouest, une région Pala (Tchad), 22 juin 2016 Pour la première fois depuis le début de ses activités, l’équipe de sensibilisation s’est rendue dans le Mayo-Kebbi Ouest, une région Rating: 0

Rencontre avec les victimes du Mayo-Kebbi Ouest

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Pala (Tchad), 22 juin 2016

Pour la première fois depuis le début de ses activités, l’équipe de sensibilisation s’est rendue dans le Mayo-Kebbi Ouest, une région bordée par le Cameroun. Mercredi 22 juin, l’équipe a organisé dans la localité de Pala une rencontre avec des victimes et, l’après-midi, une projection-débat.

C’est une foule nombreuse, de près d’un millier de personne, qui s’était réunie ce mardi matin à Pala, dans la grande salle du centre culturel Nicodème. Hommes comme femmes, les victimes sont parfois venues de loin pour assister à l’activité. Le sous-préfet de Gagal a ainsi parcouru près de 60 kilomètres pour participer à cet échange. Réussite qui est le fruit du travail intense de mobilisation des associations de Pala, membres de la coalition chargée de relayer le travail de sensibilisation.

Accompagné par le chant des griots, le secrétaire général du gouverneur déclare l’activité ouverte. Il est 9 heures et la salle est comble. De nombreux jeunes, étudiants et lycéens, se sont joints aux victimes. Comme à Bongor, le public applaudit lorsque Kaltouma Defallah, témoin au procès, déclare à l’écran qu’elle est fière de témoigner devant l’ancien homme fort du Tchad. Une rumeur traverse la salle lorsque la veuve de Hassan Djamous demande à Hissein Habré où se trouve la dépouille de son mari.

Juger les complices

Un homme se lève. « On a vécu la répression de nos propres mains. Je dis bien de nos propres mains. Il y a des gens dans cette salle qui ont tué, arrêté, dénoncé ou facilité le travail de la DDS. Il faut tous les juger. » Cette demande revient de manière récurrente. Aucune réponse ne semble apaiser le public. Au Tchad, beaucoup veulent savoir ce qu’il adviendra des complices de Hissein Habré. On nous rappelle que de nombreux agents ou complices de la DDS restent en poste et l’on déclare que la justice rendue à Dakar restera partielle si ces personnes ne sont pas jugées.

Gaston Lundi, le point focal de la coalition à Pala, prend la parole pour expliquer qu’il y a eu des poursuites au Tchad. Depuis la chute de Hissein Habré, des cadres ayant participé à la répression ont été limogés. Et, le 25 mars 2015, vingt anciens agents de la DDS qui ont été condamnés, dont certains à perpétuité. Parmi eux, deux anciens hauts responsables de la DDS étaient cités dans le réquisitoire du procureur des CAE : Mahamat Djibrine dit El Djonto et Saleh Younouss. Il ajoute que « le procès du 25 mars ouvre la voie à des possibilités de nouvelles poursuites. Si des preuves existent, les victimes peuvent porter plainte. Si vous voulez la justice, il faudra l’arracher ! »

« Et la réconciliation ? »

Membre d’une association de victimes, l’AVCRP, un homme prend la parole. « Je remercie les uns et les autres de nous avoir permis de suivre ce résumé vidéo du procès qui nous a replongé dans le vif de l’affaire ». Se référant au témoignage de Zakaria Fadoul Kitir lors du procès, il s’interroge. « Les débats se sont focalisées sur les poursuites pénales et les réparations mais qu’en est-il de la réconciliation ? »

Les commentaires et les réactions des uns et des autres, glanés tout au long du débat montrent les fractures, encore réelles, entre les différentes communautés ethniques. Rappelant que la notion de culpabilité collective était au cœur de la logique répressive sous Hissein Habré, l’équipe de sensibilisation met en avant l’importance de combiner la procédure judiciaire, qui permet d’établir les responsabilités individuelles dans les crimes, avec un travail de rapprochement et de dialogue entre communautés.

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