Rencontre avec des victimes à Abéché : « Mieux vaut tard que jamais » Reviewed by Momizat on . Abéché, 08 octobre 2014 Hommes et femmes d’un certain âge pour la plupart, dignes mais émus de s’exprimer pour la première fois, une soixantaine de victimes ont Abéché, 08 octobre 2014 Hommes et femmes d’un certain âge pour la plupart, dignes mais émus de s’exprimer pour la première fois, une soixantaine de victimes ont Rating: 0

Rencontre avec des victimes à Abéché : « Mieux vaut tard que jamais »

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Rencontre avec des victimes à Abéché : « Mieux vaut tard que jamais »

Abéché, 08 octobre 2014

Hommes et femmes d’un certain âge pour la plupart, dignes mais émus de s’exprimer pour la première fois, une soixantaine de victimes ont répondu présent à l’invitation du Consortium de sensibilisation, pour une matinée d’échange sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE), le 8 octobre 2014, à Abéché (Est du Tchad).

Mahamat a 73 ans. Il parle le premier, debout, faisant un effort pour contenir son émotion. Enseignant à Abéché, il a été emprisonné et torturé de 1982 à 1983. Durant ce temps, sa maison, ses biens, lui ont été « arrachés ». Isaac, plus jeune, témoigne pour son père, commerçant arrêté à Kousseri, toujours vivant mais qui n’a jamais repris ses esprits depuis qu’il a été libéré. Son père n’est pas là, n’est plus là. « Il est vivant mais inconscient », décrit son fils. Zara raconte l’arrestation de son père, emmené à la DDS d’Abéché puis transporté à N’Djamena, la capitale. « On n’a jamais retrouvé son corps, mon père n’est pas un politicien, mon père n’a rien fait »… Elle s’effondre en larmes, incapable d’en dire plus.

Les témoignages et les questions s’enchaînent, marquant une certitude : Abéché et la région du Ouaddaï n’ont pas été épargnés durant le régime d’Hissein Habré. Les CAE sont venues enquêter sur ce territoire, recueillir des témoignages et procéder à des exhumations. Mais les populations, sans doute moins encore qu’ailleurs au Tchad, n’ont pas eu l’occasion de parler et les constitutions de partie civile y restent peu nombreuses. Pour Mouktar, chef de quartier, « tout le monde est victime de près ou de loin, les gens sont encore en train de souffrir, les enfants élevés sans leur père sont aujourd’hui grands ». « Qu’est-ce que les CAE ont prévu pour soutenir psychologiquement ces personnes et ces familles ?», s’inquiète-t-il.

Rumeurs et doutes

Une rumeur court, reprend un autre homme : « Tant que ce régime sera au pouvoir, Hissein Habré ne sera pas jugé. » « Pourquoi le nom d’Idriss Deby ne figure-t-il pas dans la liste des six personnes visées, alors qu’il était au cœur du système ? », questionne son voisin. Traduits en arabe local par un représentant de la société civile, les experts du consortium détaillent ce qui est prévu, aux CAE, en terme de réparation pour les victimes à l’issue d’un procès. Un soutien qui pourrait, le cas échéant, être accompagné par des actions de la société civile et par l’État tchadien. Hugo Jombwe, expert en droit pénal international, évoque ce qui a été fait au Rwanda ou au Cambodge, dans les domaines de la santé, de l’éducation et du travail de mémoire, notamment auprès des jeunes générations.

L’expert met l’accent, par ailleurs, sur l’important travail d’enquête réalisé depuis un an et demi au Tchad par le tribunal de Dakar, en coopération avec le Pool judiciaire de N’Djamena, qui a lui-même ouvert une instruction contre 33 personnes soupçonnés d’avoir participé aux crimes commis durant le régime d’Hissein Habré. Sur le calendrier prévu, la clôture de l’instruction étant programmée pour fin 2014 aux CAE, et l’ouverture d’un procès envisagée dans les trois ou quatre mois qui suivent, avant la mi-2015. Sur les possibilités qui restent ouvertes, d’ici à la fin de l’instruction, pour les victimes, de porter plainte et de se constituer partie civile, via les antennes locales des associations nationales.

« Mieux vaut tard que jamais », enchaîne le responsable d’une de ses OSC, qui avait participé, avec une quinzaine d’autres représentants, aux deux journées de formation organisées par le consortium de sensibilisation les jours précédents à Abéché. « Nous sommes conscients de l’urgence et disposés à transmettre les informations aux victimes dans les délais impartis, afin que les gens de la région du Ouaddaï puissent aussi participer à la procédure. » « C’est un procès qui va faire du bruit, estime-t-il. J’appelle les CAE à la prudence. Si ce procès est dirigé avec tact et intelligence, tout le monde en profitera. Si cela se termine mal, personne ne soutiendra les CAE. »

Le Consortium

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