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Moundou se souvient des crimes perpétrés durant le régime Habré

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Légende : Rencontre à Moundou (Sud du Tchad) avec des victimes de crimes commis durant le régime de Hissein Habré, le 19 janvier 2016.

Moundou (Tchad), 19 janvier 2016

Les habitants de Moundou, la capitale du Logone Occidental, ont été marqués par le régime de Hissein Habré. Cette deuxième étape, après Bongor, sur la route du Sud pour la sensibilisation sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE) a permis de rencontrer environ 300 personnes, dont une centaine de victimes, lors d’une séance de dialogue particulièrement suivie mardi 19 janvier à la salle Altatrab du quartier de Dombao.

Dans son introduction, Hélène Morvan, coordinatrice des activités pour le consortium de sensibilisation sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE), souligne l’importance pour la cour d’obtenir des preuves objectives pour établir un jugement crédible. Anne, une victime, réagit : « Nous avons attendu le procès vingt-cinq ans. Au moment où il a commencé, nous avions déjà déposé des plaintes avec des preuves, en montrant aux associations de victimes et aux avocats des parties civiles les traces de nos tortures. Quelles sont encore les preuves que la chambre attend pour condamner Hissein Habré ? »

Sa question soulève des réactions d’approbation dans la salle. La coordinatrice des activités du consortium rappelle que depuis vingt ans, différentes enquêtes ont été conduites – par la Commission nationale d’enquête tchadienne, dans le cadre de l’instruction belge, par les CAE elles-mêmes et par différentes organisations de droits humains. Certaines victimes ont été amenées à témoigner à plusieurs reprises, on peut comprendre leur lassitude. Pour autant il était essentiel, durant cette phase du procès, que les juges puissent entendre directement les victimes pour pouvoir se faire leur propre opinion.

Comment sont choisis les témoins ? 

« Sur quelle base la cour a-t-elle choisi les témoins ? » Cette question d’un participant reflète une préoccupation exprimée par bon nombre de ceux qui, à Moundou, n’ont pas eu la chance d’aller à Dakar. « 4.500 victimes se sont constituées parties civiles et si la cour avait dû les entendre toutes, le procès allait s’éterniser, explique Hélène Morvan. Des choix ont été faits pour faire venir les témoins qui pouvaient le mieux établir le lien entre les violences subies et l’accusé. Il s’agissait aussi de réunir à la barre du tribunal des témoignages reflétant les différents types de crimes allégués par l’accusation durant le régime de Hissein Habré. »

Des participants expriment leurs craintes que les réalités du Sud du pays et notamment de la région du Logone Occidental ne soient pas suffisamment prises en compte par les CAE. Ils insistent sur la gravité des faits vécus dans la zone. On cite l’exemple de l’assassinat du préfet du Logone Occidental, du sous-préfet de Bébedja et d’autres autorités, la répression sanglante des populations civiles durant la période dite de Septembre noir, en 1984. Cette vague de répression a causé d’importantes pertes humaines et matérielles et marqué la conscience des populations.

Quelles réparations ? 

Catherine, une autre victime de violences, demande : « Quels sont les mécanismes que les CAE vont mettre sur pied pour apporter des réparations aux victimes ? » Le statut prévoit la mise en place d’un fonds au profit les victimes, précise Hélène Morvan. Mais ce fonds n’est pas encore alimenté. Par ailleurs, un jugement définitif de culpabilité doit être rendu tout d’abord. Donc si Hissein Habré est reconnu coupable et qu’aucune partie ne fait appel, des audiences au civil se tiendront en juillet 2016. Les réparations pourraient alors prendre différentes formes : individuelles ou collectives, financières, en nature tels que l’octroi d’assistance médicale, ou symboliques.

Et les complices ?

Madjitoloum Bekoutou dit regretter que tous les complices de Hissein Habré ne soient pas poursuivis bien que, dit-il, « nous avons cités certains de ces complices dans nos dépositions ». Toutefois, conclut-il, « je me réjouis que ce procès se soit déroulé et que les âmes des regrettés reposent en paix ».

Le Consortium

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