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Le procès Habré montré aux habitants du Batha, au Centre du Tchad

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Journée de dialogue avec des victimes à Ati, dans la région du Batha (Centre du Tchad), mercredi 16 mars 2016.

Ati (Tchad), 16 et 17 mars 2016

Après trois heures de piste dans la chaleur et la poussière de mars, la mission de sensibilisation a atteint la localité d’Ati, chef-lieu de la région du Batha. Située au Centre du Tchad et majoritairement peuplée d’arabophones, pour la plupart nomades, cette ville n’a pas connu de répressions ciblées sous le régime de Hissein Habré. Mais les habitants indiquent qu’elle n’a pas non plus échappé aux arrestations et aux exécutions arbitraires.

Dans la salle du Clac (Centre de lecture et d’animation culturelle) de la ville d’Ati, le consortium de sensibilisation sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE) organise deux événements : une projection-débat avec le grand public et une session de dialogue avec les victimes et les membres de la société civile. Près de quatre-vingt personnes assistent à la projection-débat et une quarantaine à la session de dialogue avec les victimes, où la présence des femmes est plus importante. À chaque événement, un résumé en images du procès de l’ancien président du Tchad Hissein Habré, est projeté.

Pendant la diffusion du film, le public réagit et commente. De nombreux enfants vont et viennent. Chaque apparition à l’écran de l’ancien président du Tchad, silencieux et enturbanné, est ponctuée de rires et de commentaires. Un partenaire de la société civile locale nous confiera à la fin de la projection que nombreux sont ceux qui doutent encore ici de son identité.

Gêne face aux violences sexuelles

Lors de la projection du film au grand public, le témoignage de Kaltouma Defallah, une ancienne hôtesse de l’air d’ethnie Hadjaraï déportée au camp militaire de Ouadi Doum pour y servir d’esclave sexuelle, fait réagir l’auditoire. Le public presque qu’exclusivement masculin (seul deux femmes sont présentes dans la salle) murmure et glousse lorsqu’elle évoque les violences dont elle a été victime, gêné semble-il qu’une femme s’exprime ainsi à haute voix. Devant la Chambre, elle a dit sa fierté à comparaître : « Je me sens forte, très courageuse, car je suis devant l’homme qui était fort avant au Tchad et qui vient maintenant s’asseoir et ne parle même pas. Je suis vraiment contente d’être en face de lui et d’exprimer ce que j’ai vécu. » Les rires fusent encore dans la salle du Clac lorsque le film s’arrête sur l’ancien président, imperturbable devant les juges du tribunal de Dakar.

25 ans pour un procès ?

Ici comme dans de nombreuses localités visitées, le public s’interroge sur la durée du procès. « Est-ce logique qu’un procès dure 25 ans ? », apostrophe un participant. Les intervenants du consortium rappellent que les 25 ans qui se sont écoulés entre la chute du régime Habré et le procès ne correspondent pas à la durée du procès mais à la longue bataille politico-judiciaire qui a précédée la création du tribunal. C’est en 2000 que les victimes ont déposé la première plainte à Dakar, où Hissein Habré s’était exilé. Mais l’Union africaine a finalement demandé au Sénégal de le juger au « nom de l’Afrique ». Et le procès lui-même, en tout et pour tout, verdict compris, aura duré moins d’un an.

Un autre participant s’interroge sur les répercussions du procès pour les victimes et notamment pour les populations des zones les plus reculées du Tchad. Rappelant que toutes les victimes des crimes qui seront reconnus par les CAE, qu’elles se soient constituées ou non comme parties civiles, ont la possibilité d’obtenir des réparations, la coordinatrice des activités du consortium, Hélène Morvan, confirme aussi les défis à venir pour identifier ces victimes. « Pour les victimes vivant dans des localités éloignées où il n’existe pas d’associations de victimes, le travail d’identification nécessitera un effort important de communication qui devra notamment s’appuyer sur les relais des radios et organisations communautaires qui ont accès à ces populations. »

« La justice au-dessus du pouvoir »

« Merci à tout le monde de nous faire vivre ce moment, c’est une page de notre histoire, remercie Mahamat, un participant. A Ati, nous avions suivi des brides du procès à la radio nationale mais nous n’avions pas pu saisir son cheminement. Nous sommes soulagés par ce procès car on sent que le pouvoir n’est pas tout, que la justice est au-dessus. Hissein Habré n’a pas prononcé un mot mais le procès a tout de même été une façon pour les victimes de se réconcilier avec elles-mêmes en parlant des violences qu’elles ont subies. »

Lors de la session avec les victimes, ses propos feront écho à l’intervention d’une femme qui déclare : « Les Tchadiens ont beaucoup vécu et vu de malheurs. Maintenant que la paix est instaurée, nous voulons la justice pour que ces moments difficiles ne reviennent pas. »

Le Consortium.

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