Foule aux projections publiques à Koumra et Sarh Reviewed by Momizat on . [caption id="attachment_40450" align="aligncenter" width="640"] Projection publique à Sarh (Moyen Chari, sud du Tchad), 4 mai 2016.[/caption] Koumra et Sarh (Tc [caption id="attachment_40450" align="aligncenter" width="640"] Projection publique à Sarh (Moyen Chari, sud du Tchad), 4 mai 2016.[/caption] Koumra et Sarh (Tc Rating: 0

Foule aux projections publiques à Koumra et Sarh

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Projection publique à Sarh (Moyen Chari, sud du Tchad), 4 mai 2016.

Koumra et Sarh (Tchad), 4 et 5 mai 2016

A moins de trois semaines du verdict, la satisfaction est grande pour l’équipe de sensibilisation sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE), de voir ses activités de plus en plus suivies au Tchad. Après avoir rassemblé la jeunesse de Bongor, la sensibilisation a réuni plus de 500 victimes à Koumra et près de 3.000 habitants de Sarh. Pour, à chaque fois, projeter un résumé en images du procès, et échanger longuement avec les populations.

A Koumra, où la sensibilisation se déplace pour la première fois, les responsables d’association des environs sont fiers. Ils ont mobilisé de nombreuses victimes, venues de Moissala, Bedjondo, Ndjola, Bedo, Pen, Koh, Ngola… jusqu’au 100 kilomètres à la ronde. Ces noms résonnent dans la mémoire collective tchadienne pour avoir subi les répressions menées contre les rebelles Codos et contre les populations accusées de les soutenir, dont le pic – « Septembre Noir » – survient en septembre 1984. Plusieurs témoins sont venus décrire ces événements à Dakar, durant le procès de l’ancien président du Tchad Hissein Habré.

De Bedjondo par exemple, « on est venu à 200 » annonce un dirigeant d’association. La veille, il a fallu trouver des solutions de fortune dans les familles de Koumra pour loger toutes ces femmes et tous ces hommes aux visages marqués par le temps. Un quart de siècle s’est écoulé depuis les événements qui les amènent ici. Taciturnes, ils se serrent en silence sur les bancs de la grande salle en brique aérée, dont les hauts murs se terminent par des fresques et un toit de tôle. Sur une des fresques, des enfants lâchent des colombes de la paix.

« Travail de Titan »

« Pendant 26 ans nous les victimes nous avons connu dans ce dossier la peur, la souffrance, pour certains à nouveau la prison, mais Dieu merci nous sommes arrivés au procès », entame Clément Abaïfouta, président de l’association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (AVCRHH), qui accompagne l’équipe de sensibilisation. « Ça a été un travail de Titan pour arriver à ce que le lion de l’Unir se retrouve là, à 2 mètres de moi, sans ouvrir la bouche, alors que je témoignais. »

« Que ceux qui sont malades se soignent ! », clame-t-il en incitant toutes les victimes à ne jamais subir mais à se battre pour obtenir justice. « Le 30 mai, nous aurons le verdict dans le procès Habré. Nous allons fêter notre victoire car je crois que Hissein Habré va être condamné », déclare à la foule Clément Abaïfouta.

Exhumations à Koumra

Après la projection du film, il répond aux questions du public, avec l’expert en communication du consortium Franck Petit. Une particularité de Koumra : des exhumations ont été réalisées par les experts médicaux légaux argentins commis par les Chambres africaines extraordinaires. Les spécialistes ont prélevé des ossements pour les analyser et plusieurs personnes se demandent dans la salle quand ils pourront récupérer les ossements de leurs proches, à fin de leur offrir une sépulture. « Cela pose des soucis dans la famille », dit une femme.

L’expert du consortium prend note de cette question qui sera posée aux CAE à Dakar. Selon lui, les ossements prélevés pour analyses doivent cependant être conservés le temps du procès, dans l’éventualité où des contre-expertises seraient ordonnées par la Chambre. Ce n’est donc probablement qu’à l’issue du procès, et d’un éventuel appel, que les ossements seront restitués aux familles. Plusieurs questions suivent, toujours en encore sur le turban de Hissein Habré, qui décidément ne passe pas, et sur les réparations, qui font l’objet d’une immense attente.

Film à Sarh  

Puis l’équipe a repris la route de Sarh, la capitale du Moyen Chari, où la coalition de la société civile a préparé l’événement suivant : une projection en plein air dans la cour du centre Don Bosco. L’heure de retard prise sur le programme aura eu un avantage, celui de permettre à la nuit de tomber et à la foule de mieux voir l’écran. Les associations locales et la radio communautaire Lotiko ont bien fait le travail, au point que plusieurs milliers de personnes envahissent le hangar qui abrite l’écran, puis toute la cour environnante, juchés pour certains sur les motos, sur des monticules de sable ou sur les murs d’enceinte. On estime entre 2 et 3.000 la population réunie ce soir là. Du fait de la foule, la température près de l’écran monte brutalement d’encore 10° C.

L’animation musicale est coupée. La projection peut commencer. Le silence attentif de l’assemblée impressionne, laissant place par vague à des exclamations – à chaque apparition de Hissein Habré – et à des rires – à l’écoute de récits comme celui de Souleymane Guengueng lorsqu’il parle de sa difficulté à réparer la peau de son crâne après avoir été « rossé » par un garde. Rires qui choquent des victimes assises au premier rang, mais plus destinés à relâcher la tension et à participer à l’émotion qu’à se moquer. Les silences comme les rumeurs de la foule vivant et suivant les témoignages avec passion semblent faire corps avec la projection.

« Fiction judiciaire ? »

La séance de questions réponses se poursuit à la nuit tombée.  Questions sorties de bouches de tous les âges. A Sarh comme ailleurs au Tchad, on ne prend rien pour argent comptant. « Les avocats commis d’offices participent-ils à une fiction judiciaire ou à une procédure ancré dans le droit ? » s’interroge l’un, aveugle venu écouter le film aidé par sa fille. « Et pourquoi, ajoute-t-il, la France qui soutenait le Tchad n’a-t-elle jamais osé se manifester ? »

Les questions portent plus sur le procès qu’elles ne remettent en cause la nécessité de juger l’ancien président. Personne à Sarh ne semble en douter. L’un va jusqu’à demander « la peine de mort », tandis qu’une lycéenne s’interroge sur « ce qui constitue les crimes contre l’humanité » qui lui sont reprochés. Un vieil homme qui se présente comme une victime se demande si « le fait que l’accusé ne parle pas permettra tout de même ce connaître la vérité ».

La soirée se termine derrière les micros de radio Lotiko, pour une heure d’explication en direct avec les auditeurs des environs de Sarh.

Le Consortium

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