Entretien avec Me Jacqueline Moudeina, Avocate Conseil de l’Association des victimes des crimes du régime Hissein Habré (AVCRHH), basé au Tchad Reviewed by Momizat on . Me Jacqueline Moudeina, Avocate conseil tchadienne de l’Association des victimes des crimes du régime Hissène Habré (AVCRHH). Question n° 1 : Décrivez votre par Me Jacqueline Moudeina, Avocate conseil tchadienne de l’Association des victimes des crimes du régime Hissène Habré (AVCRHH). Question n° 1 : Décrivez votre par Rating: 0

Entretien avec Me Jacqueline Moudeina, Avocate Conseil de l’Association des victimes des crimes du régime Hissein Habré (AVCRHH), basé au Tchad

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Me Jacqueline Moudeina, Avocate conseil tchadienne de l’Association des victimes des crimes du régime Hissène Habré (AVCRHH).

Question n° 1 : Décrivez votre parcours…

J’ai étudié à Brazzaville où j’étais exilée pendant treize ans. J’ai étudié le droit là-bas et mes études ont été sanctionnées par une maîtrise en droit privé. J’ai commencé un début de stage d’avocat là-bas, ensuite j’ai décidé de rentrer au Tchad. Après deux années de stage, j’ai été inscrite au grand tableau en 1998, et depuis j’exerce au barreau du Tchad. Pendant que j’étais à Brazzaville, j’étais  membre d’une association de défense des droits de l’homme. Ensuite j’ai dû intégrer la cellule de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’homme (ATPDH). J’assurais le poste de secrétaire aux affaires juridiques, poste que j’ai occupé jusqu’à mon retour au Tchad où j’ai intégré l’association mère. En 1998, on avait commencé la réflexion sur la lutte contre l’impunité,  axée sur le régime de Hissein Habré. Donc j’ai été désignée par l’ATPDH pour accompagner les victimes […] et depuis je suis restée dans le dossier.

Question n° 2 : Quel est votre rôle en tant que représentant des intérêts des parties civiles ?

Mon rôle, c’est de représenter les victimes devant les Chambres africaines extraordinaires. Mais il est un peu plus grand que ça parce que j’assure la coordination de l’équipe qui accompagne les victimes et je coordonne également le collectif des avocats qui accompagne également les victimes. Dans le collectif, nous avons un avocat belge, un avocat français, un avocat suisse, un avocat sénégalais et trois avocats tchadiens. Mon rôle à moi, c’est de représenter ces victimes devant les Chambres africaines extraordinaires et devant les juridictions nationales. Parce que la procédure est axée sur deux volets. Il y a le volet international, à l’époque c’était contre la seule personne de Hissein Habré que nous avons porté plainte en 2000. Revenus chez nous ici, nous avons porté plainte contre tous les « complices » de Hissein Habré. Cette représentation m’oblige à travailler en étroite collaboration avec les juges en ce moment, les juges de la commission d’instruction. Ces juges ont besoin de certains témoins, de certaines victimes et puisque nous avons travaillé pendant de longues années, nous connaissons ces victimes, nous savons où elles sont. Quand les juges ont besoin de ces victimes, je me fais le devoir de les chercher et de les accompagner pour qu’elles soient auditionnées. Pour les témoins évidemment, je les accompagne mais je ne suis pas leur audition.  Au moment du procès, ça va être cette représentation qui va continuer, donc non seulement, j’accompagnerai les victimes mais je plaiderai le dossier également devant les Chambres africaines extraordinaires.

Question n° 3 : Quelles traces les CAE vont-elles laisser dans l’histoire ?

Nous avons toujours dit que c’était une grande première en Afrique. Une grande première et en même temps un test pour l’Afrique. Vous voyez tout ce que nous avons subi en osant porter plainte contre Hissein Habré. Desmond Tutu a raison de dire que c’est un feuilleton politico-judiciaire, un interminable feuilleton politico-judiciaire. Cette quête de justice a démarré depuis 2000. Quatorze ans après, on se retrouve devant un système qui accepte de juger. Et c’est là où nous disons que c’est une victoire, une grande victoire pour les victimes. Pour l’Afrique, c’est un test. Parce qu’en 2006, quand le président Wade a sorti notre dossier de son cadre légal pour en faire une affaire africaine, tous les chefs d’Etat africains étaient unanimes pour dire qu’aucun chef d’Etat africain ne sera jugé à l’extérieur de l’Afrique, par des petits blancs. Il faut que l’Afrique démontre sa capacité de se prendre en charge, de juger les Africains en Afrique. Il faut que l’Afrique, qui s’élève contre les juridictions internationales, démontre sa capacité de prendre en charge ses propres problèmes. Je me dis que ce test servira à tous les pays africains. En osant porter plainte contre Hissein Habré, en attaquant ce régime devant la justice, nous sommes en même temps en train de régler un problème au niveau du Tchad. Nous avons besoin de réconcilier tous les fils du Tchad afin qu’une paix durable s’instaure au Tchad. Ce jugement de Hissein Habré et de ses « complices », nous ne disons pas que c’est cela qui amènera la réconciliation mais que c’est un élément fondamental pour pouvoir accéder à cette réconciliation. L’effet que nous avons toujours escompté  est aussi pédagogique. En portant plainte contre Hissein Habré et ses « sbires », notre objectif est d’atteindre cet effet pédagogique. Plus jamais ça. Non seulement plus jamais ça au Tchad mais plus jamais ça en Afrique !

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