Échanges à Bongor : le verdict, et après ? Reviewed by Momizat on . Bongor (Tchad), 20 et 21 juin 2016 Après le verdict rendu à Dakar le 30 mai 2016 dans le procès de l’ancien président du Tchad Hissein Habré, la sensibilisation Bongor (Tchad), 20 et 21 juin 2016 Après le verdict rendu à Dakar le 30 mai 2016 dans le procès de l’ancien président du Tchad Hissein Habré, la sensibilisation Rating: 0

Échanges à Bongor : le verdict, et après ?

DSCN3471 okBongor (Tchad), 20 et 21 juin 2016

Après le verdict rendu à Dakar le 30 mai 2016 dans le procès de l’ancien président du Tchad Hissein Habré, la sensibilisation parcourt les provinces pour l’expliquer et pour préciser la suite de la procédure devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE). Première étape : Bongor, dans le Mayo-Kebbi Est, pour un débat public et une rencontre avec des victimes.

Lundi 20 juin, une nouvelle projection-débat a été organisée dans la cour du lycée Jacques Moudeïna, dans le centre de Bongor. Le film retrace le procès depuis son ouverture en juillet 2015 jusqu’au verdict délivré par la chambre d’assises, le 30 mai 2016. Plus de 500 personnes, hommes et femmes de tous âges, étaient au rendez-vous. Malgré la présence de nombreux enfants, l’audience est concentrée. Les plus vieux hochent la tête à l’écoute des témoignages. Et lorsque Kaltouma Defallah, témoin au procès, déclare à l’écran qu’elle est fière de témoigner devant l’ancien homme fort du Tchad, une slave d’applaudissement parcourt la foule.

À l’énoncé du verdict, le silence se fait. Puis un homme prend la parole. Il a été détenu pendant quatre ans dans les prisons de la DDS. Il porte encore les stigmates sur son corps. Il dit qu’il ne pensait pas que Hissein Habré serait un jour jugé et qu’il est très content.

« La responsabilité peut-elle porter sur une personne ? »

Antoine Mallah prend la parole. Le vieil homme fait autorité par sa connaissance de l’histoire de la localité. « Le jugement est bon, dit-il, mais nous restons sur notre soif. Hissein Habré est jugé seul mais est-ce qu’une personne peut tuer 40.000 personnes ? Est-ce que l’on peut faire porter la responsabilité de tous ces crimes sur une seule personne ? » Et d’ajouter : « Pendant son règne, Hissein Habré était soutenu par des puissances étrangères. Pourquoi ces pays ont-ils laissé Hissein Habré commettre ces atrocités pendant si longtemps ? ». Un rumeur d’approbation accueille son intervention.

La question des complicités revient souvent. Parmi les populations du Sud, certains estiment que ce n’est pas Hissein Habré qui a tué leurs parents mais plutôt ses complices. Les arrestations suivaient des dénonciations de gens de la localité, et parfois il s’agissait de règlements de comptes. Hélène Morvan, coordonnatrice des activités de sensibilisation, rappelle que le tribunal a la charge de juger les principaux responsables. Elle précise que le réquisitoire introductif du procureur des CAE visait cinq autres personnes. Si ces personnes n’ont pas pu été jugées à Dakar, l’acte de jugement cite certains de ceux qui, aux côtés de l’ancien président, ont participé au crime.

« Chaque victime a une histoire différente »

Un homme prend la parole : « Chaque victime a une histoire différente et le préjudice vécu par chacune est différent. Comment la réparation va se passer ? » Les statuts des CAE prévoient trois types de réparations, explique l’experte du consortium : « restitutions, réhabilitations et indemnisations ». Concernant les réparations, une décision au civil doit être prise au mois de juillet, mais l’exécution des décisions est suspendue au verdict final, car la défense a fait appel.

Mardi 21 juin, la sensibilisation s’est retrouvée au Centre de lecture et d’activités culturelles (Clac) pour une séance de dialogue avec les victimes et les représentants d’associations. Outre la vidéo résumé du procès, l’équipe a projeté un reportage journalistique intitulé « Justice pour le Tchad » réalisé par Anne Poiret, pour la chaîne de télévision Arte. Ce reportage revient sur l’historique du procès et donne la parole aux victimes. Cette séance avec les victimes a permis de préciser, dans les détails, la procédure au civil et en appel.

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