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CAE : N’Djamena dans l’attente d’une décision sur les réparations

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Légende : Echanges avec des victimes après le verdict dans le procès de Hissein Habré. N’Djamena, 15 juillet 2016.

N’Djamena (Tchad), 15 juillet 2016

L’attente est forte et le débat sensible à N’Djamena, la capitale du Tchad, sur la question des réparations, à quelques jours d’une décision au civil attendue, à Dakar, aux Chambres africaines extraordinaires (CAE), après la condamnation de l’ancien président Hissein Habré. C’est ce qu’ont montré les échanges avec des victimes et un débat avec les parties civiles, organisés vendredi 15 juillet par le consortium de sensibilisation sur les CAE.

L’émotion était encore vive, pour la centaine de personnes réunies par les associations de victimes dans l’amphithéâtre du CEFOD, à la vue des images d’embrassades entre les parties civiles à Dakar, après le prononcé du verdict du 30 mai 2016. Cris et applaudissements retentissent en écho dans la salle du CEFOD, tandis que s’achève sur le grand écran le film réalisé par la sensibilisation, qui résume en 52 minutes le procès de l’ancien président Hissein Habré.

Ahmat Albadour interprète la séance en arabe. Il se souvient du « grand jour » de cette condamnation qu’il a célébrée avec son association, l’Association de victimes de crimes du régime de Hissein Habré (AVCRHH). « Nous étions fiers. Nous avons pleuré fatigués toute la nuit au siège de l’association à N’Djamena. » Son père lui-même, Adam Moussa, un homme politique originaire du Guera (Centre), a été arrêté en 1987 avec d’autres, dont Ahmat Dadji, sans doute le plus célèbre. Depuis, on ne les a plus revus.

L’émotion fait rapidement place à une question qui brûle les lèvres : que vont décider les CAE en matière de réparations ? Les parties civiles ont déposé leurs requêtes, qui comportent d’importantes demandes d’indemnisations financières individuelles pour un total de près de 8.600 victimes – directes et indirectes – de crimes commis durant le régime de M. Habré. Une des trois associations constituées, l’AVCRHH, a aussi demandé des réparations collectives, sous forme de projets communautaires, de monuments, d’enseignement de la période dans les écoles, de formations génératrices de revenus pour les enfants, les femmes de victimes.

Reconstituer le bien

Les CAE doivent rendre leur décision avant le 31 juillet. Des victimes s’inquiètent de savoir si elles sont bien enregistrées pour bénéficier de réparations. Zakaria Fadoul Kitir, président de l’Association des victimes de crimes et répression politique (AVCRP) rappelle que le travail d’identification a commencé depuis des années. Il invite chacun à se rapprocher des associations pour vérifier s’il est enregistré. « Jusqu’ici, les gens se sont accrochés à la condamnation de Hissein Habré, qui est obtenue. C’est plus une mesure pédagogique, punitive, et préventive pour les autres chefs d’Etat. Mais pour les victimes, je crois que les efforts doivent porter plus sur les réparations. Il s’agissait de démolir le mal, maintenant il s’agit de reconstituer le bien. » 

À ses côtés, Clément Abaïfouta, président de l’AVCRHH, voit se dessiner un horizon quelle que soit la décision en matière de réparations. « Ce procès, dit-il, est pour les victimes la réécriture de l’histoire de ce pays qui a été ‘écarlaté‘, éparpillé. Ce procès a été l’occasion de panser les plaies, de recoller les brèches, de faire reculer la peur. Je me dis que l’espoir est en train de naître au bout de l’horizon. Au bout de cet horizon, je vois un gros soleil. Un soleil pour les Tchadiens et pour l’Afrique, qui aura osé. » 

Aucune garantie d’argent

Me Lambi Soulgan, avocat représentant l’AVCRHH devant les CAE, reconnaît que rédiger les demandes de réparations, dans des délais très courts après le verdict, « n’a pas été facile ». Il rappelle les trois formes prévues aux CAE : la restitution, l’indemnisation et la réhabilitation. « Dans certaines situations, il sera plus utile pour une femme ou une famille de lui donner accès à un centre de santé, à une formation et à retrouver une activité que de lui donner de l’argent. » L’argent, précise-t-il, il n’y en a pas dans le fonds au profit des victimes, prévu aux CAE. « Nous ne partons pas avec la garantie qu’il y a de l’argent quelque part », conclut Me Lambi. 

« Après l’euphorie du verdict on a vite pensé à l’argent », estime Outman Moussa, représentant dans ce débat du Réseau des associations des droits de l’homme du Tchad (RADHT). « Certains, dit-il, ont commencé à faire des projets avec cet argent. Alors, si Me Lambi nous parle de centre scolaire, est-ce que cela va intéresser les victimes ? » Face à ce défi, il lance un appel aux associations, parfois divisées, pour qu’elles s’unissent et définissent des stratégies pour gérer ensemble l’après procès.

Attendre la décision

A N’Djamena comme ailleurs dans le pays, les victimes attendent des réparations financières, individuelles. « Même si ce n’est que 1.000 FCFA lance l’une, et que je sais que cet argent vient d’Hissein Habré, ce sera mon plaisir de le manger ! » Et pour Fatime Toumlé, venue témoigner à Dakar de la disparition forcée de son mari, Haroun Gody, ancien secrétaire d’Etat à la Santé sous Habré, « il y a lieu de remercier pour leurs efforts tous ceux qui ont permis d’arriver à ce verdict. Ce n’est pas le moment de proposer des choses sur les réparations, ça ne servira à rien : il faut attendre la décision [des CAE] pour savoir ce que l’on va en faire. »

Aujourd’hui connu dans le pays et dans le monde pour avoir été le fossoyeur forcé des prisons de la DDS, militant de la première heure de la lutte des victimes pour la justice au Tchad, Clément Abaïfouta enlève le mot de la fin : « Aujourd’hui, je suis une victime qui pense que la mission a été accomplie. Nous avons impacté l’Afrique, nous avons impacté le monde. »

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