Abéché : première étape d’une nouvelle tournée de sensibilisation dans tout le Tchad Reviewed by Momizat on . [caption id="attachment_40283" align="aligncenter" width="650"] Débat public dans la salle de la mairie d’Abéché (Est du Tchad), le 13 janvier 2015[/caption] Ab [caption id="attachment_40283" align="aligncenter" width="650"] Débat public dans la salle de la mairie d’Abéché (Est du Tchad), le 13 janvier 2015[/caption] Ab Rating: 0

Abéché : première étape d’une nouvelle tournée de sensibilisation dans tout le Tchad

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Débat public dans la salle de la mairie d’Abéché (Est du Tchad), le 13 janvier 2015

Débat public dans la salle de la mairie d’Abéché (Est du Tchad), le 13 janvier 2015

Abéché (Tchad), 12 janvier 2016

L’équipe de sensibilisation a démarré mardi 12 janvier une tournée de deux semaines au Tchad pour montrer un résumé en images du début du procès de l’ancien président Hissein Habré devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE). Première des sept étapes prévues : Abéché (Est), avec une rencontre avec des victimes suivie d’un débat animé avec des étudiants en droit.

La phase des témoignages s’est achevée devant le tribunal de Dakar le 15 décembre 2015. L’objectif de cette tournée de sensibilisation est de montrer des moments clés du procès et de répondre aux questions des populations sur la façon dont il s’est effectivement déroulé. Une cinquantaine de victimes et de représentants d’organisations de la société civile étaient réunis ce mardi dans une salle de la mairie d’Abéché. Aux murs, des cartes du cadastre de la ville et un grand poster de l’actuel président Idriss Deby. Après les 35 minutes de projection, l’assistance est invitée à exprimer ses préoccupations.

« Les habitants d’Abéché ont déposé des plaintes tout comme ailleurs, au Sud ou à N’Djamena. Mais il semble que les témoignages du Ouaddaï ne se retrouvent pas au procès. Est-ce que les CAE n’ont pas pris en compte leurs dépositions ? » s’interroge Soumaïne Brahim, membre de l’Association pour le développement économique et social. Cette première question provoque un mouvement de colère chez une participante, dont le mari et plusieurs proches ont disparus. Plusieurs participants, qui ont pu suivre le procès retransmis à la télévision ou à la radio nationale, ont le sentiment que les crimes commis ici dans la région ont été peu exposés durant le procès.

« L’histoire d’un pays et d’un peuple »

Pour d’autres, comme Zenaba Ndolassem de l’Association des femmes para-juristes, le travail des CAE a été impressionnant. « Durant le procès de Hissein Habré, il y a des choses qui ont été dites dont nous n’avions pas entendu parler. Depuis 25 ans, personne n’avait écouté les victimes. Grâce aux CAE, ils ont trouvé enfin l’occasion de dévoiler tout ce qui s’est passé durant les 8 ans du régime. On ne croyait pas que le tribunal arriverait à le faire, on pensait qu’il allait abandonner en route. Arrivés là, on a compris quelque chose : c’est l’histoire d’un pays et d’un peuple de 1982 à 1990. Avec le temps, inch allah, tout le monde comprendra ce qui s’est passé au Tchad et ce qui devrait être fait pour les victimes qui depuis ce temps se sont soignées par leurs propres moyens. » Elle demande à la cour de mener la campagne de sensibilisation à tous les niveaux pour « continuer à nous informer ».

Un autre participant, Innocent Adoum de l’APLFT, cherche à savoir si des victimes peuvent encore se constituer partie civile ou témoigner au procès. « Techniquement, explique Franck Petit, expert en communication pour le consortium de sensibilisation, la phase de témoignages est terminée en première instance. Mais l’on peut rappeler que le statut des CAE précise que les réparations concernent toutes les victimes, et pas seulement celles qui se sont constituées partie civile. Il reste donc utile de s’enregistrer auprès des associations locales, sans oublier qu’en cas d’appel des témoins supplémentaires pourront éventuellement être cités. »

Nombreux étudiants pour le débat public

L’après midi la salle de la mairie était comble pour une séance de débat public, grâce à la présence de nombreux étudiants de l’université d’Abéché. Près de 150 jeunes hommes pour la majorité, certains juchés sur les tables du fond pour mieux voir la projection, qui chahutent en attendant le début du film. Le calme retombe dès le début de l’intervention du consortium, sur une assistance manifestement intéressée par cette période déjà ancienne de l’histoire de leur pays.

Des rumeurs parcourent la salle lorsque sur les images Hissein Habré entre, porté par les gardes sénégalais, et se débat à la réouverture de son procès le 7 septembre 2015. Le fait que l’accusé refuse de comparaître et soit contraint à assister à son procès en préoccupe plus d’un. « Le fait que l’accusé comparaisse de façon forcée, qu’il refuse de s’exprimer, cela porte-t-il atteinte au principe d’un procès contradictoire ? » questionne Hassan Hissein, étudiant en troisième année de droit.

L’expert en communication revient sur la nomination de trois avocats sénégalais, commis d’office pour défendre l’accusé, et indique que dans les faits, ils ne se sont pas comportés comme des avocats taisants. « A chaque témoin, ils ont posé des questions et bien qu’ils n’avaient pas accès à l’accusé ce qui bien sûr n’est pas la situation la plus souhaitable pour avoir un débat contradictoire, les avocats ont animé un débat contradictoire et se sont fortement impliqués dans la défense. »

Les étudiants s’interrogent aussi sur les réparations, qui semblent venir souvent au premier plan des conversations sur le procès dans la région d’Abéché. « Très souvent, à la radio ou la télévision on entend réclamer des dommages et intérêts, mais est-ce important pour que justice soit faite et qui va dédommager ces personnes ? », demande Souleymane, étudiant en 2e année de droit. L’expert rappelle que le statut des CAE prévoit des réparations de plusieurs types, qui peuvent être symboliques ou collectives et pas nécessairement sous forme pécuniaire.

La salle se vide en fin de journée, tandis que le débat s’ouvre sur la réponse qu’offre, selon certains étudiants, les CAE aux critiques qui estiment sur le continent que la justice internationale cible trop l’Afrique. Le modèle judiciaire pourrait faire école.

Le Consortium

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