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À N’Djamena, fortes réactions au procès Hissein Habré

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(AVCRHH)

Dans le public, Clément Abaïfouta, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (AVCRHH)

N’Djamena (Tchad), 18 mars 2016

Le vendredi 18 mars, l’équipe de sensibilisation fait escale dans la capitale du Tchad pour une session de dialogue. C’est une cinquantaine de victimes et de membres de leurs familles, veuves et orphelins, et des représentants des principales organisations de victimes qui sont réunis dans l’amphithéâtre du Cefod. Parmi elles, certaines étaient au procès à Dakar, où elles ont témoigné.

Durant le régime de l’ancien président Hissein Habré, la capitale tchadienne comptait pas moins de sept centres de détention dont la tristement célèbre « Piscine », une ancienne piscine dallée où les détenus étaient gardés dans d’étroites cellules écrasées par la chaleur en saison chaude. Le résumé en vidéo du procès qui s’est tenu devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), rapporte plusieurs témoignages, déposés à la barre à Dakar pour en attester. Durant toute la projection, le public reste concentré. Les réactions sont diffuses et contenues, l’image de l’ancien président tchadien muré dans son silence provoque ici aussi des murmures de réprobation.

« Plus de moyens ! »

Après la diffusion, celui que l’on surnomme « le fossoyeur » de la DDS, Clément Abaïfouta, président de l’Association des victimes des crimes du régime Hissein Habré (AVCRHH) interroge le consortium « Pourquoi avez-vous choisi un format de 40 min ? Cela ne permet pas de calmer la soif de ceux qui n’étaient pas à Dakar ». Les associations de victimes demandent que les activités de la sensibilisation se déploient dans les arrondissements de la capitale. « Beaucoup de Tchadiens posent des questions sur le procès. Pour que tous comprennent son sens, il faut déployer plus de temps et de moyens. »

Conscients de cet enjeu, les membres de l’équipe de sensibilisation confirment que le projet en cours prévoit l’appui à des coalitions de la société civile, chargées de démultiplier les activités à N’Djamena comme dans le reste du pays. Toutefois, doivent-ils admettre, les moyens restent en-deçà des attentes et des besoins identifiés au Tchad. Néanmoins, les supports écrits et vidéo produits par le programme de sensibilisation sont distribués aussi largement que possible aux médias et associations locales.

La défense peut faire appel ?

Une question taraude l’auditoire. Les victimes s’interrogent et expriment leur mécontentement quant à la possibilité pour la défense de faire appel. « Hissein Habré ne reconnaît pas la cour, qu’il a fustigé. Est-ce qu’il peut faire appel de la décision d’une cour qu’il ne reconnaît pas ? » La coordinatrice des activités, Hélène Morvan, précise que les avocats commis d’office (et contre son gré) pour sa défense, qui ont requis l’acquittement lors des plaidoiries finales, peuvent faire appel. Si l’accusé ne s’y oppose pas formellement, un appel devient alors possible. Consulté à Dakar, le procureur général des CAE Mbacké Fall a expliqué que s’il y a appel, le deuxième procès ne devrait pas excéder quatre mois.

« Des excuses ! »

Un homme se lève dans le public. « Est-ce que Hissein Habré est un croyant ? S’il est croyant, l’histoire l’a déjà rattrapé et il ne lui reste plus que la justice de Dieu. Est-ce que Hissein Habré a une femme, des enfants ? Il serait simple pour lui de se lever et de demander des excuses aux victimes et à leurs familles. Nous pourrions alors lui pardonner. S’il ne reconnaît pas ses torts, c’est alors Dieu qui va le juger. » Parole qui reflète la détresse et la frustration des victimes qui auraient souhaité que M. Habré s’exprime durant son procès, qu’il explique les zones d’ombre subsistant sur cette partie de l’histoire tchadienne, et les circonstances de la disparition de ceux qui ne sont jamais revenus.

Le Consortium.

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