À l’écoute des victimes de Bedjondo et de Bongor Reviewed by Momizat on . [caption id="attachment_40797" align="aligncenter" width="650"] Victimes de Bedjondo et de Bodo (Sud du Tchad) dans l'attente des réparations. 2 juin 2017.[/cap [caption id="attachment_40797" align="aligncenter" width="650"] Victimes de Bedjondo et de Bodo (Sud du Tchad) dans l'attente des réparations. 2 juin 2017.[/cap Rating: 0

À l’écoute des victimes de Bedjondo et de Bongor

Victimes de Bedjondo et de Bodo (Sud du Tchad) dans l'attente des réparations. 2 juin 2017.

Victimes de Bedjondo et de Bodo (Sud du Tchad) dans l’attente des réparations. 2 juin 2017.

Bedjondo-Bongor (Tchad), 2 et 3 juin 2017

Poursuivant sa tournée dans le Sud du Tchad, la sensibilisation s’est arrêtée vendredi 3 juin dans la petite commune rurale de Bedjondo, avec de revenir le samedi 4 juin à Bongor, chef-lieu de la région du Mayo-Kebbi Est, pour rencontrer des victimes des crimes du régime Hissein Habré après le verdict final d’appel et répondre à leurs questions.

La salle du centre paroissial de Bedjondo était plus que comble, ce vendredi, avec l’arrivée de victimes venues de la commune environnante de Bodo. L’impatience et la nervosité des victimes étaient palpable, dans cette zone qui fut un fief des rebelles Codo du temps d’Hissein Habré et dont les cadres et les populations ont été ciblés lors des campagnes de répression dites de Septembre Noir (1984). Le maire de Bedjondo, rencontré avant la séance de dialogue, nous explique que la plupart des habitations en terre et en paille qui composaient cette commune furent alors brûlées et vidées de leurs habitants, qui fuyaient des militaires tirant à l’arme automatique en les poursuivant avec des pick-up. Cette campagne de terreur, marquée par des assassinats de civils, fit 200 morts à Bedjondo.

Bedjondo : les indemnisations, maintenant !

Après la projection du film résumant le procès, commenté en langue locale par un membre de la coalition des organisations de la société civile de Bedjondo, les quelques 400 victimes réunies, essentiellement des hommes, ont été invitées à poser leurs questions. Le premier s’interroge : va-t-il pouvoir consulter la liste des personnes reconnues parties civiles dans le jugement d’appel, ou va-t-il devoir repartir ? Le second demande ce que deviennent ceux qui n’ont pu s’inscrire auprès d’une association de victimes ou qui n’ont pas pu obtenir d’acte de notoriété auprès de l’administration. Une troisième veut connaître la date à laquelle les indemnisations seront versées ! Faut-il attendre que le Fonds au profit des victimes soit totalement alimenté, questionne le suivant, pour commencer la distribution des réparations ? Une femme se dit bouleversée parce que le montant des indemnisations pour une victime de disparition, victime indirecte, est inférieur à celui d’une victime de torture. Elle ne le comprend pas, comme nombre de ceux qui ont souffert d’une disparition et n’ont pu faire le deuil d’un proche. Un homme qui se présente comme une victime directe, demande si le consortium de sensibilisation va procéder au paiement, maintenant !

 L’expert du consortium, Franck Petit, rappelle les trois grandes précisions apportées par la Chambre d’appel, dans son jugement du 27 avril : une liste claire des 7.396 personnes reconnues parties civiles tout d’abord, qui figure en annexe du jugement et que les associations locales vont pouvoir afficher pour que chacun vérifie si son nom y figure ou non ; une précision des montants attribués à chaque victime reconnue partie civile et des montants globaux par groupe de victimes ; une précision enfin quant aux modalités d’exécution, confiée à un Fonds au profit des victimes qui sera aussi chargé de traquer les avoirs de Hissein Habré, de rechercher des fonds complémentaires auprès des Etats, des institutions et des fondations, et d’étudier la possibilité de réparations collectives. L’expert cite Jacqueline Moudeïna, qui lors du débat organisé à N’Djamena le mardi, expliquait qu’un nouveau combat est engagé par les mêmes qui ont lutté avec succès pour le procès, qui ne baissent pas les bras, afin que les indemnisations soient effectives. La déception, voire la colère, se lisait sur les visages des participants à cette séance de dialogue, agitée et tendue.

Bongor : les indemnisations, sources de divisions ?

Le lendemain samedi 3 juin, dans la ville de Bongor, les victimes sont moins nombreuses, une petite centaine, avec qui des liens de confiance sont tissés depuis longtemps par la sensibilisation et ses relais locaux, très actifs. La question des disparitions revient, mais sous une autre forme : les CAE ont-elles recueilli des informations sur des disparitions permettant d’en apprendre plus, demande un vieil homme dont le frère arrêté par la DDS en 1987 n’est jamais réapparu. N’est-ce pas une faute des CAE de n’avoir pas enquêté sur ces disparitions ? enchaîne un autre homme. Son voisin, victime directe, veut savoir dans quel type de prison se trouve Hissein Habré, s’il s’agit d’une résidence surveillée ? Un autre veut savoir si la Chambre a précisé comment et où Hissein Habré serait enterré, puisqu’il est condamné à la prison à vie. Ses biens au Tchad seront-ils saisis ? Les différences de montants selon les catégories de victimes interpellent, l’un se demandant si finalement les indemnisations financières ne vont pas apporter plus de divisions, entre les victimes et au sein des familles, si finalement l’argent vient à arriver. L’orage éclate à la fin de la réunion et les pluies torrentielles empêcheront la projection publique organisée l’après-midi, au Lycée Jacques Moudeïna de Bongor. Les gens restant cloitrés chez eux, la sensibilisation porte ses explications sur les ondes de la Radio Terre Nouvelle, qui interviewe l’expert du consortium.

Bousculade à l'entrée dans la salle paroissiale de Bedjondo pour une rencontre avec des victimes. 2 juin 2017.

Bousculade à l’entrée dans la salle paroissiale de Bedjondo pour une rencontre avec des victimes. 2 juin 2017.

La première phase de la tournée d’explication du verdict final menée par le consortium de sensibilisation sur les Chambres africaines extraordinaires (CAE) se termine avec ses deux rencontres organisées à Bedjondo et à Bongor. Les quelques soixante-dix organisations de la société civile partenaires de la sensibilisation et les douze radios communautaires également partenaires, vont se charger d’en faire le relais aux quatre coins du Tchad. Une seconde tournée sera organisée fin juin pour toucher les populations du Centre et du Nord du pays.

Le Consortium

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